Par Renaud MAVRÉ

Jeudi soir a eu lieu un concert original à la salle Le Nadir de l’Antre-Peaux. Il s’agissait de l’Egyptian Project, formation de trois musiciens égyptiens et de trois musiciens français, accompagnés par des membres du groupe Orange Blossom.
Le projet a été initié par Jérôme Ettinger, du groupe Zmiya, qui travaille depuis 2006 avec des musiciens de styles et de traditions très différents. La production est assurée par Togezer Productions, association culturelle dont l’objet est de promouvoir des rencontres artistiques et humaines autour du patrimoine musical égyptien et des musiques actuelles.
Les musiciens d’Egyptian Project étaient en résidence dans les locaux d’Emmetrop depuis dimanche, pour travailler et peaufiner leur projet musical. Les musiciens égyptiens sont très connus dans leur pays et ont participé à plusieurs projets de grande ampleur, dont les spectacles de Mozart l’Égyptien. Ils jouent d’instruments traditionnels, dont la rababa, violon à deux cordes, et la kawala, très ancienne flûte en roseau.
Le concert commence avec trente minutes de retard car le batteur est introuvable. Celui-ci arrive tranquillement les mains dans les poches à 21h00 et le spectacle commence presque aussitôt. Ce soir ils sont huit sur scène : les Égyptiens Sayed Emam, Ragab Sadek et Salama Metwaly, les Français Jérôme Ettinger, Julien Bonvoisin et un percussionniste, épaulés par Carlos Robles Arenas et Pierre-Jean Chabot, d’Orange Blossom.

Le violoniste égyptien commence par une sorte de mélopée face au public, le temps que les autres musiciens s’installent. Et puis tous attaquent en même temps et là, c’est une découverte. La rigueur de la musique arabe est enrichie et portée par les rythmes dub, par la basse, la batterie et le synthé. L’ensemble donne un mélange à la fois envoûtant, dynamique et superbement dansant. Le contraste est fort entre l’attitude hiératique des musiciens égyptiens et l’énergie et le mouvement des Français. Chacun vit la musique selon sa culture et ses habitudes, c’est intéressant.
Sur plusieurs chansons, la chanteuse d’Orange Blossom, Najoi Bel Hadj, rejoint les musiciens. Elle chante en accord avec Jérôme Ettinger, à la flûte. La façon de jouer de cette flûte (arghul ou arghoul) est étonnante : l’extrémité de l’instrument est mise complètement en bouche ! Comme pour la musique, les chansons soufi de Sayed Emam se marient très bien avec les rythmes électro. Nous avons droit à un solo magistral de percussion à la derbouka par Ragab Sadek. Tantôt frappé, tantôt effleuré, le tambour semble faire corps avec le musicien. C’est un des rares moments où la communion se fera avec le public, à travers la musique. Car la communication est difficile, les Égyptiens ne parlant pratiquement pas un mot de français. Seul Jérôme Ettinger tente de faire se rapprocher en vain le public, et c’est dommage.

Il est certain que les gens présents ont apprécié le concert mais il est regrettable que le public soit resté à distance de la scène. A la fin du dernier morceau, les musiciens descendent de scène et vont à la rencontre des spectateurs, donc beaucoup se trémoussent sur la musique. Nous demandons un rappel, qui se fera uniquement aux percussions (riqq, djembé, cymbalettes à doigts et bendir) et à la rababa.
Cette rencontre entre deux musiques, aux accents modernes et traditionnels, est presque magique. Et, comme souvent, elle ne dévoile toutes ses facettes qu’en concert. L’écoute sur MySpace m’avait peu attiré, mais je suis très heureux d’avoir découvert ce projet en direct.
» www.myspace.com/zmiyafeatmusiciansfromegyptnsmtnil
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